w o r k
c o n t a c t
l i n k s
h o m e

 

 

 

 

 

 

C’est en réécrivant mes rêves et cauchemars chaque matin durant trois mois qu’a démarré il y a quelques années mon cheminement artistique.
De ce travail de mémoire est née une réflexion sur le rêve, le corps à l’état de sommeil et les manifestations de inconscient. Je me suis ensuite intéressée au corps mis à l’épreuve et à la notion de surpassement de soi-même dans l’effort.

Cet intérêt pour la dichotomie entre le corps et l’esprit soutient depuis ma démarche.

 

J’ai développé ces trois dernières années un travail davantage photographique sur l'identité, sur la personne, la gravité qui lui est propre, et l’émergence de son corps dans l'espace.

J’appréhende le sujet de front, immobile. Cette tension qu’il dégage est soutenue par le fond choisi en fonction de chacun. Une connexion se crée entre le sujet et son environnement.
Le systématisme de la démarche, le cadre imposé, défini, permet de s’en extraire et de se concentrer sur la densité du sujet isolé.

Tout débute avec la série "Walls" ("Murs"), mettant en scène des enfants qui n’en sont pas. Photographiés devant un simple mur de béton, de pierre ou de brique, ils sont exclus de l’univers familial. L’arrière-plan remonte à la surface. Ce va-et-vient entre le sujet et le fond est suspendu par l’intensité de leur regard.

C’est cette vibration et cette atemporalité que depuis je m’attache à soulever. Les visages ou les corps, mêlant force et fragilité, accèdent peu à peu à quelque chose d’irréel. Dans la série "Blue Monday" ("Lundi Blues") , il émane de ces bustes, semblables à des bustes de cire, quelque chose de spectral, bien qu'ils appartiennent à un monde physique bien réel. Cette vibration d'un entre-deux nous entraîne dans un temps séparé. Ici l'eau n'apparaît pas comme une simple présence mais est porteuse de sens. "L'être voué à l'eau est un être de vertige", disait Bachelard.

Du personnage d’abord envisagé par le portrait, je déplace aujourd’hui mon point de vue en m’éloignant du sujet et en appréhendant le corps dans sa globalité.
Celui-ci devient sculpture, saisi au beau milieu d’une nature majestueuse présente dans la série " ||||| ". La polyphonie des plans crée une structure dialogique entre la forme, point d’ancrage premier du regard et de ce qui est perçu comme "arrière-plan". Cette vibration d’une nature hivernale mais vivante fait régner un climat d’une étrange tranquillité.

Cette ambiance inquiétante s’accentue dans ma toute dernière série, "Dew Point" ("Point de rosée") . Elle présente une succession de corps allongés, baignés dans une atmosphère humide et étouffée. Le corps vient se laisser glisser dans une horizontalité que l'on pourrait supposer définitive. La chair, pourtant sensible, semble figée dans un silence plombé. La lumière venant frapper la poitrine évoque le souffle et la respiration de ces corps en flottaison.

Je vois mes images comme un déchiffrage, une lecture qui va au-delà du corps lui-même pour toucher l’insaisissable.